René Marchalot (1883-1915), soldat au 2ème régiment d’infanterie coloniale

René Marchalot en 1911 avec sa fille Catherine - Coll. G. Dehem

René Marchalot en 1911 avec sa fille Catherine – Coll. G. Dehem

René Marchalot naît le 29 mars 1883 à Treuscoat vian, Cast. Il est le troisième enfant, et le premier fils de René, alors âgé de 30 ans et de Marie TANGUY, âgée de 26 ans.

Il se marie à Cast le 15 novembre 1909 avec Marie Jeanne MAUGUEN, née elle aussi à Cast le 18 mars 1886. Ce même jour est célébré le mariage de Marie-Jeanne et de ses deux ses soeurs, Catherine et Marie-Anne.
Après leur mariage, ils aménagent dans une maisonnette à Kerho, où naît leur premier enfant, Catherine, le 23 septembre 1910. René est alors domestique à Pennarun. Un an plus tard, ils déménagent à Kerinvel. René devient domestique à Keroriou. A Kerinvel vont naître leurs deux garçons, Jean le 14 mars 1913, et Pierre le 7 décembre 1914, alors que la guerre a déjà bien commencé.

La moisson a démarré depuis fin juillet quand sonne l’heure de la mobilisation. Comme lui enjoint son fascicule de mobilisation, René rejoint le 5 août 1914 le 2ème colonial à Brest, laissant sa femme enceinte de 5 mois. Son beau-frère Pierre rejoint quant à lui le 118ème régiment d’infanterie à Quimper, laissant lui aussi son épouse enceinte de 6 mois.
René reste d’abord quelques jours à Brest, puis fait route avec le 2ème colonial vers Paris, puis vers la Champagne. Peu de nouvelles arrivent jusqu’à Kerinvel jusqu’à ce que Marie Jeanne donne naissance à leur troisième enfant. René obtient une permission de cinq jours pour venir voir son fils.
« Ce fut un autre homme qui vint à Marie-Jeanne. Ce mois en première ligne sous les bombardements incessants, blessant et tuant ses camarades alentour, l’avait marqué profondément, que la joie d’être père et de revoir les siens, n’avait pu atténuer »
C’est que, depuis la mobilisation, René a traversé plusieurs épisodes tragiques.

René Marchalot – coll. G. Marchalot

Les combats de Rossignol (22 août 1914)

Le 2ème colonial quitte Brest le 8 août pour les environs de Bar-le-Duc dans la Meuse. Avec le 1er colonial, il constitue la 1ère brigade d’infanterie coloniale, forte de près de 13 600 hommes, rattachée à la 3ème division d’infanterie coloniale (3ème DIC).
A partir du 11 août, la 3ème DIC entame une marche de près de 140 kms vers le Nord à la rencontre de l’ennemi entré en Belgique. Là, le 22 août 1914, à Rossignol, la 3ème DIC essuie l’une des plus grandes défaites françaises.

Après deux marches de nuit consécutives séparées par une journée au cours de laquelle les troupes ont manoeuvré à travers champs par une température très chaude, et après 24 heures sans manger, le 22 août, l’ordre est donné de reprendre la marche avec pour objectif de rejoindre Neufchâteau en passant par la clairière de Rossignol.
Le 1er colonial forme l’avant-garde avec un peloton de chasseurs d’Afrique et un groupe d’artillerie et marche à environ 1500 mètres du 2ème colonial, dans lequel se trouve alors sûrement René.

Dès 8 heures du matin, un déluge de feu va s’abattre sur eux. Les troupes allemandes et leurs mitrailleuses sont embusquées dans les bois entre Rossignol et Neufchâteau. La surprise est totale, les troupes ennemies ayant tout fait pour passer inaperçues, abandonnant leurs cantonnements pour se dissimuler dans les bois profonds en attendant l’offensive française.
Après de violents combats et de très lourdes pertes, la 3ème division d’infanterie coloniale est encerclée dans le milieu de l’après-midi. La troupe est assaillie par une telle grêle de projectiles de toutes sortes qu’elle se fractionne en un grand nombre de petits groupes qui se dispersent dans tous les couverts du terrain. A la faveur de la nuit, quelques 300 hommes parviennent à rejoindre les lignes françaises.

Au matin du 24 août, la 1ère brigade d’infanterie coloniale, très éprouvée, ne compte plus que 400 hommes environ sur les 13 600 hommes engagés dans la bataille de Rossignol, parmi eux René Marchalot et François Mauguen de Kergoat.

Rossignol - champ de bataille

Rossignol, panorama du champ de bataille – source : http://1914-18.be

Plus de 5000 hommes, dont un grand nombre de blessés, et une centaine d’officiers furent fait prisonniers. Jean Sévère, de Quéménéven, est au nombre des tués.

La retraite et la bataille de la Marne (septembre 1914)

A partir du 25 août, la 3ème DIC se replie vers la Meuse, puis vers la Marne, en tentant de résister à la poursuite. C’est la retraite des armées françaises.
Le 4 septembre au soir, le commandant en chef Joffre donne ordre à toutes les armées françaises de se préparer à faire front. Du 7 au 10 septembre, la 3ème DIC participe aux combats à l’est de Vitry le François pour déloger l’ennemi retranché dans ses tranchées.

Le 11 septembre, la 1ère brigade d’infanterie coloniale, à laquelle appartient le 2ème colonial où sert René, commence le mouvement en avant pour poursuivre les Allemands en retraite. Du 12 au 14 septembre, le corps d’armée colonial continue sa poursuite vers le nord. La 3ème DIC se dirige vers Cernay en Dormois. Le passage de la Tourbe doit avoir lieu à Ville sur Tourbe.

Le 14 septembre, vers 10h, la tête du 2ème colonial arrive à environ 200m de Ville sur Tourbe (Nord-Ouest de Sainte Ménéhould) en proie aux flammes. Elle est accueillie par une très vive canonnade, tirée par l’artillerie lourde, canonnade de plus en plus vive sur le village et sur le pont, l’empêchant de progresser pendant plusieurs heures.
Profitant de la nuit, les bataillons franchissent la Tourbe vers 19 heures, et reçoivent l’ordre de poursuivre en avant. Mais dans l’obscurité et dans la forêt, les 3 bataillons du 2ème colonial se perdent. Ils sont retrouvés vers 23 heures et ramenés à Ville Sur Tourbe.

Le 15 septembre, les attaques sont reprises à 5 heures du matin. La 1ère brigade doit reprendre sa marche sur Cernay en Dormois, et le 2ème régiment reprend l’attaque de la ferme de Touanges.
Mais bientôt le bataillon de tête est obligé de suivre rigoureusement la lisière de la forêt, arrêté par les tirs d’une batterie allemande. Beaucoup d’hommes tombent. Le moindre mouvement, même de petits groupes, est immédiatement le signal d’une salve très précise. Les unités du 2ème RIC ne progressent pas.

L’ordre de maintenir la position coûte que coûte est donné et des compagnies sont envoyées au sud-est du bois avec mission de répondre à une attaque qui semble menacer Ville-sur-Tourbe. En attendant les renforts, les troupes bivouaquent dans le bois, sous une pluie battante, sans vivres, au milieu des cris des blessés. Vers 19 heures, l’artillerie française augmente la gravité de la situation en bombardant fortement la lisière est du bois de Ville, où des patrouilles allemandes avaient été signalées.
Pendant la nuit, la 1ère brigade reçoit l’ordre d’aller se reconstituer à l’est de Berzieux. Près de 2000 hommes de la 1ère brigade auront laissé la vie à Ville sur Tourbe, ce 15 septembre 1914, parmi lesquels François Mauguen, de Kergoat.

La guerre des tranchées

A partir d’octobre 1914 s’installe une guerre de tranchées. Les troupes ennemies se font face, parfois séparées d’à peine plus de 100 mètres. Le 2ème colonial est au nord de Châlons en Champagne. Il alterne les périodes en ligne au cours desquelles il effectue des travaux d’aménagement et de renforcement de tranchées tout en subissant, ou en menant des attaques sur les lignes ennemies, et des périodes courtes où il est en réserve. Les hommes sont privés de sommeil et mal nourris.

Le régiment se déplace dans l’Argonne. Du 14 novembre au 26 décembre, il est dans le secteur du bois de la Gruerie, et alterne comme précédemment les périodes en ligne et en cantonnement. Des bataillons du 2ème colonial interviennent en renfort du 91e, du 147e et du 87e régiments d’infanterie et effectuent des travaux de terrassement et de fortification pour faire face à l’ennemi toujours très actif.

Le régiment est relevé le 26 décembre, et passe en réserve du 2ème corps d’armée à Chaudefontaine près de Sainte-Ménéhould dans la Marne.

En permission (fin décembre 1914)

C’est en cette fin d’année que René put rentrer à la maison.
Pendant sa permission, René ne raconte rien de ce qu’il avait pu vivre dans les semaines et les mois précédents. Il s’enquiert des autres combattants et de savoir comment les fermes continuent de marcher. Le baptême du petit Pierre est organisé, une occasion de réunir les grands-parents et les parrain et marraine. Il en profite aussi pour préparer un petit champ pour y semer de la luzerne.
« René repartit le mercredi dans l’après-midi prendre le train de quatre heures en gare de Quéménéven, une musette bien garnie au côté. (…) L’année tirait à sa fin »

Gare de Quéménéven. Coll. Mairie de Quéménéven

Gare de Quéménéven. Coll. Mairie de Quéménéven

A la mi-janvier René écrit qu’il est bien arrivé et qu’il a eu la visite de son frère Jacques, adjudant au 2ème colonial.
Vers la fin juillet 1915, Marie-Jeanne fut prévenue que son mari avait été grièvement blessé. En réalité, il avait été tué le 14 juillet 1915 lors de l’attaque du Bois Baurain dans l’Argonne.

L’attaque du Bois Beaurain, 14 juillet 1915

Dans l’Argonne, début juillet, des travaux sont entrepris côté français pour restructurer les tranchées, ré équiper les armées et des renforts viennent soutenir le moral des troupes avec l’arrivée de la 128e division et de la 15e division coloniale.
Le 13 juillet, les Allemands attaquent par l’Argonne orientale afin de perturber la réorganisation des troupes françaises. Le 2e colonial est à l’aile gauche de la 5e D.I.C., son flanc couvert par l’artillerie du 15e C.A. Le régiment se prépare à contre attaquer dans le secteur de bois Baurain (1,2 kms au nord-est de Vienne le Château).

source : JMO de la 15e Division d'infanterie coloniale

source : JMO de la 15e Division d’infanterie coloniale

Le 14 juillet, à 4 heures du matin, les bataillons d’assaut du 2e R.I.C. sont à leurs postes. L’attaque a lieu avec deux bataillons en première ligne et un bataillon en soutien composé notamment de la 7ème compagnie à laquelle appartient René.
L’objectif est « de prendre pied le plus rapidement possible dans la première ligne allemande et, si possible,dans la deuxième ligne, de s’y installer, de s’y organiser, de s’y relier avec l’arrière, de se garantir contre toute contre-attaque ennemie, puis de procéder à un nouveau bond en avant ».

À l’heure prescrite (8 heures), les troupes de la première vague s’élancent à l’assaut des positions ennemies, suivies à courte distance par celles de la deuxième vague. Bien qu’elles soient accueillies par des tirs de barrage, puis par des feux de mitrailleuses, au prix de nombreuses pertes, elles franchissent les défenses de la première ligne allemande, puis la deuxième et atteignent la troisième ligne. Certaines portions intactes permettent aux défenseurs de résister et en certains points de contre-attaquer forçant un groupe à reculer, isolant d’autres unités.

Au cours de cet assaut, René est tué d’une balle dans la poitrine comme il est précisé dans l’avis de décès retranscrit à Quéménéven. Il sera inhumé à l’ossuaire du cimetière de Vienne-le-Chateau.

ossuaire de Vienne-le-Chateau (photo A.Girod)

René Marchalot s’est vu décerné la croix de guerre avec étoile de bronze (citation à l’ordre de la brigade ou du régiment), et la médaille militaire.

Coll. G. Dehem

Coll. G. Dehem

Une famille éprouvée

René Marchalot avait deux frères cadets qui seront eux aussi tués pendant le conflit : Jean du 318e RI disparaît en septembre 1914 à Moulin-sous-Touvent dans l’Oise, Jacques, du 6e RIC, en septembre 1916 dans la Somme.

 Jean_MarchalotRene_MarchalotJacques_Marchalot


Sources

Pour les phases de conflit : l’historique du 2ème RIC, le JMO de la 1ère brigade d’infanterie coloniale, le JMO de la 15ème division coloniale
Pour la vie avant guerre ou à l’arrière : « Marjanik En Ty Gwen » publié par Jean Marchalot en 1987

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8 Commentaires Laissez le votre

  1. Bonjour,
    Je vous félicite pour la très grande qualité du texte relatif à la biographie de René Marchalot (1883-1915), soldat au 2ème régiment d’infanterie coloniale, mort pour la France le 14 juillet 1915..
    Je suis président de l’association « Mémoire de Saint Pierre ». Cette ancienne commune a été rattachée à la ville de Brest en 1945. Notre association a entrepris de rédiger les biographies des 320 militaires, domiciliés à Saint Pierre Quilbignon, morts pour la France, durant la première guerre mondiale. Certains soldats étaient au 2ème RIC, et l’un d’entre eux, Alexandre Le Guen, né le 11 septembre 1877, à Brest, matricule n° 419, au recrutement de Brest, soldat de 2ème classe, a aussi été tué le 14 juillet 1915 lors de l’attaque au Bois Baurain, près de Tourbe, département de la Marne.
    Je sollicite votre concours pour que vous m’indiquiez comment vous avez obtenu l’information sur le lieu de sépulture de René Marchalot. Cette information ne figure par sur le site « Mémoire des hommes ».
    Si vous me répondez par mail, je vous transmettrai, en réponse,les renseignements que j’ai rassemblés concernant Alexandre Le Guen.
    Avec mes remerciements anticipés, je vous présente mes salutations cordiales.
    Alain

    • yveline le grand #

      J’ai eu connaissance du lieu d’inhumation de René Marchalot par sa petite-fille qui m’a aussi communiqué les photos de son grand-père.
      Voici l’adresse d’un site sur lequel des bénévoles ont relevé les noms des soldats sur les monuments aux morts et inhumés dans les nécropoles nationales. C’est ainsi que j’ai retrouvé plusieurs lieux de sépultures des 88 militaires, de Quéménéven, morts pour la France :
      Voici l’adresse d’un site sur lequel des bénévoles ont relevé les noms des soldats sur les monuments aux morts et inhumés dans les nécropoles nationales. C’est ainsi que j’ai retrouvé plusieurs lieux de sépultures des 88 militaires, de Quéménéven, morts pour la France : http://www.memorial-genweb.org/~memorial2/html/fr/index.php

  2. Un grand merci à Yveline le Grand pour cette évocation de mon grand-père René Marchalot et de ses frères morts pour la France et nos libertés.
    Cordialement,
    Georges Marchalot

  3. LE GARREC AM #

    Bonjour,
    Je relève actuellement tous les MPLF de la guerre 1914-1918 pour la commune de Languidic (Morbihan) et j’ai également plusieurs victimes du 2è R.I.C. En fait je cherche à situer le Bois BAURAIN et sur la carte de Vienne Le Château il y a deux possibilités : le bois Parent au nord-est du village et Le Bois Varin qui se trouve à l’horizontale de Servon. Il y a donc lieu de penser que le nom du bois a été déformé compte-tenu des difficultés de recueil de prononciation.
    En tout cas, très beau site très émouvant, nos ancêtres méritaient bien des actions comme la vôtre.
    Merci encore
    Anne Marie Le Garrec

  4. cornen michel #

    Bonjour, je suis à la recherche de la sépulture d’un membre de ma famille décédé le 14/07/1915 à Bois Baurin, il s’agit de CORNEN Edouard, Joseph Marie, Matricule 25566 Classe 1896 Brest faisant partie du 2ème régiment d’infanterie Colonial. Je ne sais pas si il a été inhumé avec ses camardes de combats dans une nécropole de la Marne. Je vous remercie pour les renseignements que vous m’apportez. Ceux que j’ai eu on été obtenu sur le site Mémoire des Hommes
    Bonnes fêtes de fain d’année
    Michel CORNEN

  5. le mignan #

    bonjour à vous: mon grand père le MOING Salomon né en juillet 1878 à ETEL 56, inscrit maritime a été incorporé à la 10ème cie du 2ème régiment d’infanterie coloniale en février 1915. il participe aux combats jusqu’à la fin de 1917.II sera incorporé à la cie des ballons captifs de saint Nazaire jusqu’à la fin de la guerre et sera démobilisé en décembre 1918. je ne l’ai pas connu de son vivant, j’ai fait quelques recherches concernant son parcours dans la grande guerre, pour le devoir de la mémoire.
    Amicalement P LE MIGNAN

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